Rituel du coucher #2: de 2h à 15 minutes, l’apprentissage du sommeil avec un enfant de 16 mois.

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Je te vends du rêve, n’est-ce pas?

« La méthode facile pour coucher votre enfant ». Punaise, je ferais fortune avec un bouquin pareil, va falloir se pencher sur le sujet :P

Lou a aujourd’hui 18 mois. Ce que je vais raconter dans ce billet remonte au début de l’été, dans les premiers jours de juillet, elle n’avait pas encore tout à fait 16 mois. Il y a quelques semaines, je racontais ici comme le rituel du coucher était, bien qu’un peu long, très doux et agréable. 2 mois plus tard, sans doute une combinaison entre son âge qui avançait, des rituels pas suffisamment marqués et peut-être un peu de réticence aussi de notre part à la laisser seule pour dormir, ce rituel devenait un truc interminable où il fallait parfois passer 2h30 là haut dans sa chambre avant qu’elle ne s’endorme, enfin. Quand ce n’était pas nous qui nous endormions avant elle sur le matelas…Dans un cas comme dans l’autre, la soirée était terminée: souvent 23h, et bien trop tard pour engager quoi que ce soit. La fête du slip, en gros.

Après 3 ou 4 semaines à ce rythme, j’ai dit stop. ON a dit stop. Il fallait recréer autre chose pour que ce moment du coucher ne soit plus synonyme de soupirs anticipés « punaise, ça va encore durer des plombes… ». Mais nous n’avions jamais réussi à trouver comment faire. Depuis le début, le tout tout tout début, elle ne pouvait s’endormir dans une pièce où elle resterait seule que si on l’accompagnait dans le sommeil: impossible de quitter la pièce avant qu’elle ne soit endormie sous peine de déclencher des cris de panique palpable. Elle se retrouvait complètement affolée. C’était donc la première étape à franchir: lui apprendre qu’on pouvait quitter la pièce sans pour autant la quitter elle, qu’on était toujours là, dans la maison, tout près. Voici donc comment nous avons transformé ce rituel du coucher.

1) Le constat de base

Dans notre cas, j’étais d’autant plus convaincue que c’était possible car on sortait de 9 mois de nounou chez qui l’endormissement n’avait jamais posé problème: pas de sein, pas de tétine, pas de doudou, et un bébé qui s’endormait en 2 minutes sans jamais râler. Donc, elle en était capable et le problème n’était pas une question de capacité mais de contexte. Un soir de énième heure passée à attendre que le sommeil la terrasse, j’ai dit stop. Je suis allée chercher son lit parapluie (pour rappel jusqu’à ce jour elle était sur son matelas au sol, lui même installé car elle ne supportait pas les barreaux dans lesquels elle se cognait sans cesse, ce qui la réveillait 15 fois par nuit, le lit parapluie était donc le bon compromis pour ne pas se cogner mais rester dans un espace de mouvement délimité), je l’ai installée dedans et je lui ai dit « Maintenant, tu vas dormir dans ce lit. On a fait la tétée alors je reste là, à côté, mais à partir de ce soir c’est ton nouveau dodo ».

Evidemment, je refusais d’engager cela dans une optique de combat, ou de prise d’ascendance du parent sur l’enfant. Pour nous, il n’était pas possible de lui imposer une nouvelle situation: il fallait qu’elle y vienne doucement, jour après jour, avec un maximum de bienveillance. On s’était donnés l’été pour y arriver, pour lui laisser le temps de s’adapter, de comprendre que c’était possible de s’endormir à la maison sans papa ou maman à côté. Par contre il n’était pas question de supprimer la tétée du soir, c’est un câlin apaisant qui entraîne vers le sommeil, et puis surtout l’idée n’était pas de l’empêcher de préparer son sommeil au sein, mais bien de pouvoir simplement la poser dans son lit alors qu’elle était toujours réveillée (elle ne s’endort plus au sein depuis longtemps), et que nous puissions redescendre directement derrière sans qu’elle ne devienne bleue de panique.

2) Apprendre à s’éloigner.

Le premier jour donc, je suis restée sur une chaise, à côté du lit parapluie. Lou ne pleurait pas, jouait un peu. Au bout d’une heure et demie, elle s’est endormie, après avoir successivement pris une position de sommeil, s’être relevée pour jouer au nounours, pris une position de sommeil, s’être relevée pour danser, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’elle ne se relève plus. Attendre, garder patience…

Le deuxième jour, j’ai placé ma chaise plus loin du lit, de façon à ce qu’elle me voie toujours mais plus près de la porte. Et j’ai attendu, encore. Une bonne heure et demie aussi, entrecoupée de « Maman léla? » « oui mon coeur je suis là tu peux faire dodo » « Maman léla? » « Oui mon coeur je suis là tu peux faire dodo ».

Et là, REVELATION: « Oui mon coeur je suis là TU PEUX FAIRE DODO » -> sous-entendu, si je ne suis pas là, c’est pas possible. J’ai eu du coup une sorte de flash et je me suis entendue tous ces mois précédents en montant la coucher:
« On va faire dodo » / « On va dormir » / « On va se coucher ». On, on,on. Quand il aurait fallu dire Tu, tu, tu. Certes, je montais avec elle pour la coucher, mais moi je ne me couchais pas. Et je pense que ses cris étaient aussi une façon de me dire « mais attends tu m’as dit que tu venais dormir pourquoi en fait tu me laisses? » Les enfants savent nous dire que ce qu’il se passe, ce n’est pas ce qu’on avait annoncé. Et effectivement, chaque soir, j’annonçais quelque chose d’erronné.

Alors j’ai repris à zéro tout ce que je pouvais lui dire au moment du coucher et ça a déjà sacrément amélioré les choses. En verbalisant par « tu », j’ai intégré qu’elle était la seule à aller se coucher, et que papa et maman monteraient plus tard. Le troisième jour, elle me demandait toujours « Maman léla? » mais beaucoup moins, les appels étaient plus espacés. Je me suis alors mise dans l’encadrement de la porte. Elle s’est endormie en 40 minutes. Mais elle continuait à dire de temps en temps « Maman léla? » J’ai donc tenté le soir suivant de lui donner un petit poupon tout doux qu’elle aime bien, pour détourner son attention de mon départ. Et à la question « maman léla? » je répondais désormais: « Oui je suis là, tu fais des câlins à ton bébé? Montre lui comme tu fais bien dodo, il ne sait pas lui il est trop petit ». Et je l’entendais dire « Enco’ câla bébé, dodo, câla ».

Et ainsi de suite, de soirs en soirs. S’éloigner de 5 centimètres supplémentaires, puis de 10, puis réussir à rester juste derrière la porte de la chambre, hors de vue. « Maman léla? » Et moi de lui rappeler que son bébé voulait des câlins. Et le coucher qui passait à 30 minutes, puis à 25. Je me revois assise dans le couloir, juste derrière la porte, car le craquement des marches d’escaliers déclenchait encore les pleurs, à prendre mon mal en patience, parfois au bord du craquage, envie de descendre d’un coup et puis non, garder en tête le bout du tunnel. Je me disais et me répétais: « si tu tiens le coup, dans quelques jours, c’est bon ». Et parfois je demandais au papa de prendre le relais et d’attendre, encore…Nous avons fini par pouvoir franchir ce cap des marches qui craquent, d’abord deux, puis rester au milieu de l’escalier, puis en bas dans l’encadrement de la porte menant à l’étage. Et puis un jour on a fait la tétée, je l’ai posée dans son lit, je l’ai embrassée, je suis sortie, descendue…j’attendais qu’elle m’appelle mais non. Je l’entendais faire des bisous à son bébé. Nous étions à presque 15 jours du début des opérations. Grande victoire, mais nous ne voulions pas nous emballer trop vite, souvent les progrès se font à base de deux pas en avant, un en arrière…Mais ça a continué ainsi, on a réussi!

3) Aujourd’hui

2 mois plus tard nous sommes toujours dans ce schéma, malgré le chamboulement des vacances (pendant lesquelles j’ai essayé tant bien que mal de maintenir ce nouveau rituel avec le bébé, les câlins…). La nuit mais aussi à la sieste. Et cela a eu des répercussions impressionnantes sur l’ensemble des créneaux de sommeil:
– Lou est sevrée la nuit depuis bientôt 3 semaines. Elle se réveille parfois, je l’entends chouiner, mais se rendort assez facilement dans les 2 minutes. Quand ça dure, son père va la voir et la rendort. Si elle demande à téter il lui dit que maman fait dodo et qu’elle pourra téter demain matin au réveil. Elle tète donc vers 20h30 puis à partir de 6h30 ou 7h (ensuite elle se rendort avec moi jusqu’à 8h30 ou 9h).

– Les siestes ont triplé en temps: de 1 heure à peine, nous sommes passés à 3h, parfois même 3h30 ou 4h si on va en extérieur le matin.

– On a récupéré nos soirées et ça comment te dire…c’est fantastique^^

Conclusion:

Il aura fallu donc 15 jours pour installer ce nouveau fonctionnement. 15 jours et beaucoup de patience pour ne pas se laisser parfois emporter à crier quand ça n’en finissait pas…mais se remémorer le but poursuivi nous a vraiment aidés à rester toujours bienveillants et à garder le cap. J’aurais détesté faire de ce changement une lutte dans laquelle elle aurait été forcément perdante car sans autre choix que de se plier à ce qu’on lui imposait, je refusais absolument que cela se passe dans les pleurs et je pense que j’aurais tout arrêté si je n’y étais pas parvenue. Le papa a été d’un grand soutien aussi dans les moments craquages, pour prendre le relais et me permettre de baisser en pression certains soirs. Mais nous avons réussi ce défi et je ne suis pas peu fière de nous! Aujourd’hui, de la tétée à mon retour en bas il se passe au maximum 15 minutes…

Affaire à suivre!

Edit après relecture: actuellement Lou est toujours dans son lit parapluie. Tant qu’elle n’exprime pas de gène à y rester, nous ne souhaitons pas la rechanger de cadre pour ne pas risquer à nouveau de perturber le moment du coucher.

Image prise ici (www.bebezine.fr/Le-sommeil-et-les-troubles-du-sommeil-chez-les-petits-3-1-6-600-v.html)

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