Dans leurs yeux

Cette ChouChou > L'humeur du jour

Il est Maman et un mois.

Plus exactement, il est Maman, un mois et une semaine. Ca ne fait pas très longtemps que je suis passée du côté obscur…je trouve que cette nouvelle vie passe à toute allure. Et en même temps, il me semble que les jours s’egrainent lentement. Les jours sont longs, mais les semaines s’envolent….c’est une drôle de sensation.

Depuis un mois, je m’occupe de mon petit bout de bébé si sage. Bon, j’aimerais bien qu’elle pionse la nuit, on est d’accord, ou au moins pouvoir dormir plus de 2 heures d’affilée. Mais on ne va pas trop lui en demander quand même, elle est petiote. Viendra bien le jour où elle ne me réveillera (presque) plus.

Et depuis un mois aussi, je porte mon bébé. Tout le temps. Je ne la pose que rarement. A bras, dans le sling, en écharpe…on est bien là toutes les deux. Moi, je vaque à mes occupations dans la maison et elle, elle dort. Paisiblement. Sa petite tête au creux de mon cou. Elle fait de petits bruits réguliers quand elle respire…on dirait qu’elle chante. Elle fait ça aussi quand elle tète, c’est craquant.

Je la porte à la maison, tout le temps. Le portage la rassure et l’apaise, c’est très clair. Une fois contre moi, ses pleurs cessent, sa respiration se calme, son petit corps se met en boule…elle est bien. Protégée, en confiance. Et moi j’adore cette sensation de l’avoir toujours près de moi, de sentir qu’elle veut téter avant même qu’elle n’émette le moindre pleur, de constater que ma présence lui fait du bien. Le portage me permet d’être au plus près de mon bébé, de répondre au mieux à ses besoins. Parfois, je la pose dans son cocon, en la laissant enroulée dans l’écharpe. Elle y retrouve ma chaleur, mon odeur…et alors elle ne se réveille presque pas.

Et dans leurs yeux, je vois des questions, des doutes, parfois même de la désapprobation. « Ah, tu fais comme les Africaines? » « Tu n’as pas peur de ne plus pouvoir t’en défaire ensuite? » « Tu devrais la poser, lui apprendre à être toute seule un peu » « Ne lui donnes donc pas l’habitude d’être tout le temps avec toi… » « Rhooo mais il faut qu’elle comprenne que tu n’es pas tout le temps à son service! ». Ah bon. Naïvement je pensais qu’un bébé de cet âge ça avait juste besoin de la présence de sa maman. Des battements de son coeur, de son odeur. De ses bras. Pas d’être tout seul, perdu dans un grand lit lui même perdu dans une chambre silencieuse.

Parfois, je me dis que je vais me faire un petit dépliant résumant tous les bienfaits du portage sur les bébés et le donner à chaque fois qu’on me dit « tu vas en faire une capricieuse à être tout le temps sur toi! ». Rappelant aussi que les bébés sont portés partout dans le monde, depuis la nuit des temps, et qu’il n’y a pas que les Africaines qui en ont l’usage. Qu’en France aussi, il n’y a finalement pas si longtemps, les bébés étaient portés. Que notre société aujourd’hui si séparante est finalement très récente, et qu’avant on savait et on prenait comme une évidence le fait que de si petits bébés avaient un besoin vital d’être toujours au contact de leur mère, comme n’importe quel petit mammifère. Que ce contact les aidait à grandir, à se développer correctement, à prendre confiance dans le monde qui les entourait.

Aujourd’hui tout le monde a oublié. On s’attendrit devant ces petits chatons toujours dans les pattes de leur mère pendant des semaines et des semaines, mais on ne s’étonne pas que nous, humains, cherchions à séparer les enfants de leur mère dès leurs premières heures de vie. Comme si il ne fallait surtout pas que la mère remplisse totalement son rôle. Comme s’il était essentiel que les bébés se sentent seuls dès le début de leur existence. Merci, mais non. Vraiment, j’insiste.

Et puis je porte dehors. Pour aller faire les courses, pour aller ici ou là. Pour prendre l’air.

Et dans leurs yeux je vois l’étonnement, l’attendrissement. L’émerveillement parfois. Les gens murmurent sur mon passage, sourient, se retournent, regardent. Dans cette petite ville de 10 000 habitants, le portage n’est pas chose courante. En un mois de promenades quotidiennes, j’en ai croisé des bébés. Mais pas un n’était porté. Alors quand je rentre dans une boutique, les gens se souviennent de moi et de ma Loupiote. « Qu’est ce qu’elle a l’air bieeeeeeeeen » qu’ils me disent en souriant. « Elle a changé depuis la dernière fois! ». Et la boulangère se réjouit de la voir grandir à chaque fois que je vais acheter mon pain.

Peut-être qu’ils s’émerveilleraient moins s’ils savaient que le portage chez nous n’était pas réservé qu’aux balades. Peut-être qu’eux aussi me diraient que je vais en faire une petite qui saura bien me faire tourner en bourrique. Mais après tout quelle importance?

L’une contre l’autre, comme ça, on s’aime et on est bien.

Lou (et moi, haha^^), à trois semaines dans son (génialissime) sling Bulline de Néobulle.

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