Parle à ma main.

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La maternité, c’est comme la politique.

Faut pas en parler, ou alors, il faut bien choisir ses interlocuteurs. Discuter des questions de maternité, d’allaitement, d’éducation et autre joyeusetés avec d’autres mères, jeunes ou moins jeunes, revient à peu près à mettre un mec d’extrême droite et un mec d’extrême gauche dans la même pièce avec comme thème de conversation imposé « La régularisation de tous les travailleurs sans papiers, pour ou contre, et surtout pourquoi? ». Mission impossible, meurtre assuré, pugilat inévitable. Assortis de tous les noms d’oiseaux possibles et imaginables. Terrain miné.

L’ arrière-grand-mère te dira, avec un regard presque méprisant te faisant bien comprendre que tu es pourrie jusqu’à l’os par la société de consommation, que tu t’embêtes bien avec tes couches spéciales nouveau-né munies d’une découpe exprès pour le cordon et que de son temps on s’en sortait bien sans, en utilisant des langes et en se tapant la lessive à la main, au lavoir et par -27°. Et que ça ne posait aucun problème. On en chiait, mais on était heureux. J’en doute pas une seconde, seulement je remercie toutes ces féministes et toutes ces avancées technologiques qui font qu’aujourd’hui on peut, nous jeunes mères, être heureuses sans en chier tout en ayant du linge propre dans une maison chauffée à 20°. Premier point.

Une grand-mère te demandera, généralement, si tu comptes le nourrir. Tu commenceras par la fixer, l’oeil hirsute et le cheveu hagard, en essayant de décoder la question, pour finalement percuter et lui dire « je vais allaiter au sein » ou « je vais allaiter au biberon ». Si tu as le malheur de répondre que tu comptes donner le sein, tu entendras très certainement que de toute façon, ça dépendra si tu as assez de lait parce que franchement, rien n’est moins sûr. C’est bien connu, les femmes qui parviennent à donner le sein sont tellement rares. D’ailleurs, combien de bébés au sein meurent de faim, franchement, c’est effrayant. Et comme les boobs sont pas gradués, on sait jamais combien il prend et c’est l’horreur. Si tu donnes le biberon, tu entendras que ma pauvre, tu t’embêtes bien avec toutes ces stérilisations et tout ce matériel, et que le sein est quand même bien plus pratique. En gros, que tu fasses l’un ou l’autre, on viendra te faire chier et tu n’auras forcément pas mesuré les conséquences de ton choix. Il faut le savoir.

Une tante te demandera, l’oeil plissé genre « bon c’est un peu une question piège mais c’est pour savoir si tu seras une bonne mère », si tout est prêt dans sa chambre pour le faire dormir tout seul le plus vite possible. Elle rajoutera qu’il ne faut vraiment pas céder aux caprices même d’un nouveau-né et le mettre dans ton lit ou à côté parce que là, ma pauvre fille, c’est la fin des haricots, t’en prendras pour vingt ans. Elle te dira aussi que tu n’as pas du tout intérêt à répondre aux pleurs, surtout au moment du coucher (tu sais quand tu l’as laissé tout seul dans une grande chambre, comme préconisé juste avant, et que donc il se sent bien paumé, qu’il a peur et tout), et que de toute façon il est essentiel de laisser pleurer les bébés. Déjà parce que ça leur fait les poumons, et ensuite parce qu’ils faut qu’ils apprennent que c’est pas eux qui commandent. Elle terminera son exposé par un « et crois-moi, je sais de quoi je parle, j’ai été mère plusieurs fois ». Parfait, merci du conseil.

Une copine te dira, si tu lui suggère de faire ci ou ça pour calmer son bébé qui pleure, que tu verras bien quand le tien sera arrivé, que c’est pas aussi simple mais bon, te plains pas, t’as encore deux mois et demi pour t’y préparer et profiter de ta vie de nullipare ignorante, hahaha cette chance. Non parce que, au cas où tu ne le saurais pas et si depuis le début de ta grossesse personne ne te l’a encore fait remarquer, être nullipare ça veut dire ne rien y connaître aux gamins. Mais rien de rien hein. Nada. Comme si tu avais vécu dans une grotte pendant trente ans et qu’un gosse pour toi, ça ne pouvait être qu’un vague concept avec des bras et des jambes, qui fait rien qu’à pleurer et que de toute façon ça lui fera les poumons (rapport au paragraphe précédent, le bourrage de crâne peut faire beaucoup de mal quand il est trop régulier, si si). Le fait que tu sois issue d’une famille nombreuse, ou que tu aies gardé des centaines de gosses dans ta vie, ou même que tu aies bossé dans la petite enfance, tout ça on s’en fout. T’as pas de gosse, tu peux pas savoir, point. Et n’insiste pas parce que franchement ça commence à bien faire! Ok ok, pardon.

Et le must du must, c’est quand tu essayes de discuter de tout ça, mais pas dans la vie réelle, nan. Sur internet. Comme une warrior de la grossesse, une kamikaze de la maternité. Du pur suicide.

Par exemple, tu lis sur Facebook quelque chose du genre:

« Salut les keupines, dites-donc, ma fille de 22 mois dort encore avec nous dans le lit et j’aimerais bien réussir à la faire aller dans le sien progressivement, quelqu’un a des tuyaux? Merci bisous panda-qui-pète-des-paillettes-en-forme-de-coeurs » (spéciale dédicace à ma keupine McMaman).

Bon, en lisant ça, une ou deux idées te viennent, vite fait. En dessous du statut, tellement de commentaires que Facebook te met un gentil lien « afficher les 245 commentaires précédents ». Tu cliques, histoire de pas perdre des trucs intéressants qui auraient pu être glissés au début de la conversation, et aussi pour ne pas faire de doublon, on sait jamais. Sauf que tu peux fermer direct: point de réponse tu ne trouveras. Par contre, un méga-débat à base de « kwaaaaaaaaaaa mais elle dort encore avec vous mais putain mais comment vous faites pour faire touk-touk?!? » ou bien « haaaaaaan et ça va, vous avez réussi à pas la tuer en l’étouffant depuis tout ce temps? » ou encore « oh c’est trop choupi encore du cododo à cet âge, j’adoreeeeeee ». Bref, tout le monde ira de son avis sur la forme, mais personne ne répondra à la question sur le fond. Et comme dans toute bonne discussion de mères sur internet, ça tournera au débat entre celles qui font n’imp et celles qui font tout bien, cododo-power VS le cododo c’est le mal, allaitement VS biberon, gigoteuse VS couverture, poussette de course VS poussette canne.

Sophie la Girafe VS Tartine et Chocolat.

737 commentaires plus tard on aura trois mortes, 25 scandalisées, 65 outrées, 12 militantes. Et pas une seule réponse concrète à la question posée. Et encore, là, on ne parle que de cododo hein. Une broutille. Un détail. Essaye de parler de nichons tiens. Tu vas voir ce que tu vas te prendre.

Putain.

A la lumière de tout cela…

…et après quelques demies-heures perdues avec la grand-mère, la tante, la cousine ou la keupine à expliquer pourquoi je n’étais pas d’accord avec ce qu’elles disaient, ou pourquoi leur avis me faisait un tout petit peu chier, j’ai finalement décidé de me taire et de dire « Ah oui, oui, t’as raison, je vais certainement faire ça: le laisser pleurer c’est certainement la solution ». Ou encore « non mais bien sûr, je vais pas m’embêter à acheter des couches ou à prendre des couches lavables modernes, nan. Je trouverai bien un bout de drap là dans l’armoire, en le déchirant en deux ça fera bien l’affaire ».

Et puis quand j’aurai envie de parler de maternité, d’allaitement, de à-quel-age-elle-va-enfin-aller-sur-le-pot-bordel ou de pourquoi elle ne mange pas que des purées bios, ben j’irai trouver des gens qui partagent les mêmes idées que moi. Ca m’évitera d’avoir à me justifier face à des gens que je ne pourrai de toute façon pas convaincre et qui, donc, resteront sur leur position autant que je resterai sur les miennes. Comme un mec de droite resterait sur ses positions face à un mec de gauche, pareil. Et donc inutile.

Et peut-être que comme ça, au moins, on arrêtera de me les briser, hein?

Comment ça je suis trop naïve? Ah bon.

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