Le monsieur du labo

Histoires de grossesse

Le monsieur du labo, tu commences à bien le connaître.

On a de la chance par chez nous. Les villes sont toutes petites, la vie suit son cours et les gens vivent sans courir, ou presque. Tranquilles. On voit les mêmes têtes, les gens se reconnaissent.

Alors depuis que tu as été conçue, une fois par mois le mardi matin, tu entends les mêmes voix.

« Bonjour mademoiselle, ah mais ça a a encore poussé! Votre carte vitale s’il vous plaît ». Elle, c’est la secrétaire médicale. Entre deux âges, cheveux courts, une teinture un peu hasardeuse par endroits. Gentille.

Il y a l’autre secrétaire. Celle a qui Maman donne, systématiquement, la petite feuille avec les codes barre. Elle est aussi elle est gentille. Sauf quand elle est très pressée, ce qui est rare, elle se penche par au dessus de son comptoir pour regarder ce gros ventre dans lequel tu te caches et elle dit « Olala, qu’est-ce que ça change vite! ».

Et puis il y a le monsieur de la prise de sang. 8 mois de grossesse, une bonne dizaine de piqûres, et toujours ce même monsieur pour les faire. Petit, tout fin, moustachu. Je crois qu’il a 50 ans, je ne sais pas exactement. A chaque fois, quand je rentre dans la salle et que je m’installe sur le fauteuil, il me pose des questions sur toi. Est-ce que ça va, est-ce que tu bouges beaucoup, est-ce que tu grandis bien. Et comment va le papa, il se prépare? On discute, on rigole un peu quand tu te mets à tambouriner et que ça se voit.

Ce mardi donc, il m’a fait ma petite prise de sang et on est allées toutes les deux chez le médecin parce que depuis une semaine, je me grattais jusqu’au sang, partout, même derrière les oreilles. Ma tension était trop haute. Le soir, la sage-femme qui suit notre aventure m’appelait pour me dire que les résultats de la prise de sang du mardi matin n’étaient pas bons du tout, que le taux d’albumines avait explosé dans les urines et dépassait largement la norme. Que c’était très bizarre parce que tout était allé si bien jusque là. Alors le lendemain matin, on retournait toutes les deux au labo en urgence, avec une ordonnance de prélèvement longue comme un bras.

Et ce mercredi, on a moins rigolé.

Le monsieur du labo s’est étonné de nous voir revenir aussi vite. Comme d’habitude, il m’a demandé comment tu allais. Je n’ai pas su quoi lui répondre. Et quand il a regardé la liste des prélèvements à faire, son visage s’est un peu fermé. « Oulala, mais vous avez un souci au foie? ». Alors je lui ai dit que mon médecin soupçonnait une cholestase gravidique, que c’était arrivé comme ça sans prévenir d’un coup d’un seul, et qu’il fallait faire un bilan hépatique complet pour voir si on pouvait continuer la route toutes les deux tranquilles, ou bien s’il allait falloir te faire sortir pour éviter que les choses ne se compliquent. Il a fait les prélèvements, et quand je suis partie il nous a demandé de revenir quand on saurait ce qu’il en est, pour le tenir au courant. Je crois qu’il t’aime bien, le monsieur du labo.

Quelques minutes plus tard, nous étions au centre d’imagerie médicale pour une échographie du foie. Et toute la journée, je me retrouvais obligée de faire pipi dans un bidon pour réaliser ce qu’on appelle la protéinurie des 24 heures.

Et ce soir…

Ce soir, par chance, avec ton père on avait prévu de voir la sage-femme et le gynécologue-obstétricien de la maternité. Alors on va pouvoir regarder tout cela de près. Les résultats, les images. Analyser les taux. Et peut-être faire retomber la pression, un peu. J’aimerais qu’on puisse te garder au chaud jusqu’au jour J. Mais peut-être qu’il vaudra mieux, pour ta santé, qu’on écourte un peu le voyage. Mais tu peux arriver maintenant si tu veux.

Avec Papa, on est prêts, et on t’attend.

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