Ne pleure plus, bébé!

Materner au quotidien > Tétées intellos

Il y a quelques jours, je publiais ici même ce texte de Françoise Jeurissen, qui a suscité bien des réactions, positives comme négatives. J’avais volontairement publié ce texte sans aucun ménagement préalable, sans aucune mise en garde, sans aucune explication l’accompagnant. Ceci afin de lui laisser toute sa force car, que l’on adhère ou pas à ce qu’il raconte, il n’en reste pas moins intense et puissant. L’introduire ou le conclure aurait nuit a son impact, alors je l’ai livré tel quel, brut de décoffrage. Je voulais observer ce qu’il déclencherait chez mes lecteurs. Je n’ai pas été déçue.

Dans le même temps et maintenant que ma fille me laisse un peu de temps libre le soir, afin de pousser plus loin la réflexion sur les pleurs et sur les méthodes occidentales visant à laisser pleurer les bébés à des fins éducatives (leur apprendre à dormir, à ne pas faire de caprices, à être autonomes, les raisons sont multiples), je me suis procuré ce petit livre très instructif : « Ne pleure plus, bébé! », de Claude-Suzanne Didierjean-Jouveau, paru aux éditions Jouvence.

Pendant 89 pages, l’auteur expose la problématique des pleurs, connue par tous les jeunes parents. Que signifient les pleurs? Comment l’enfant les ressent-ils? Comment sont-ils accueillis dans les autres cultures? Sont-ils bons pour les bébés? Comment les apaiser? Autant de questions et autant de réponses…qui font parfois froid dans le dos.

On ne peut que constater, avec tristesse (et souvent même avec effroi tant les exemples cités sont édifiants), que l’Occident est ainsi le seul endroit au monde où les pleurs des bébés sont ignorés ou – pire – provoqués à des fins « éducatives ». La raison principale évoquée étant la nécessité d’apprendre à l’enfant à « faire ses nuits » (sans que l’adulte ne se questionne pour autant sur la capacité biologique du bébé à y parvenir réellement au moment où l’on instaure le pleur comme mode d’apprentissage), suivie de près par l’éducation précoce à la frustration et à ne pas faire de caprices. Il est vrai que, depuis des années et des années, la croyance populaire veut que plus un enfant sera frustré tôt, plus il sera autonome, alors qu’un enfant qui sera trop pris en charge, trop câliné, trop consolé deviendra rapidement et fortement capricieux.

Ce livre démontre, des dizaines d’études récentes et fiables à l’appui, en quoi ces principes relèvent d’un autre âge. Du temps où l’on ne connaissait rien à la psychologie de l’enfant. Du temps où l’on ne connaissait rien au rythme biologique du bébé, très différent de celui de l’adulte. Du temps où l’on ne considérait pas le bébé comme une personne à part entière mais comme un être guettant la moindre opportunité de sacrifice chez son parent, le rendant ainsi esclave d’un bambin profiteur et capricieux. Le trait est à peine exagéré. On apprendra ainsi que de plus en plus de spécialistes s’accordent aujourd’hui à dire que justement, au contraire, plus un enfant sera materné, comblé, consolé dans sa prime enfance, plus il abordera le monde avec confiance et autonomie, rassuré et renforcé par le pilier affectif et inébranlable que représentent son ou ses adultes de référence.

Claude-Suzanne Didierjean-Jouveau établit également quelques comparaisons très simples qui remettent en question beaucoup de choses. Ainsi, lorsque l’on qualifie de maltraitance le fait de laisser une personne âgée seule dans son lit, allongée et incapable de se mouvoir seule – ayant peut-être faim, ou mal, ou peur, ou peut-être baignant dans ses déjections – appeler à l’aide sans jamais répondre à ses demandes, on appellera éducation ce même comportement appliqué à un bébé « parce qu’il faut qu’il apprenne ». Tant pis dès lors s’il a faim, si sa couche est sale et que l’acidité de ses excréments le fait souffrir, ou si la solitude de sa chambre le terrorise. De même, lorsque l’être humain doué d’un minimum d’empathie serait tenté d’aller réconforter un chien laissé attaché là par son maître le temps des courses, gémissant et montrant un désespoir visible, on conseillera de refuser au bébé en pleurs ce même réconfort, sous prétexte d’éducation encore.

Education au sommeil, éducation à la frustration, éducation à la séparation…autant de raisons de laisser pleurer un enfant, transmises depuis des générations. Tout cela n’étant possible que par l’ignorance profonde des conséquences de pleurs prolongés sur la physiologie de l’enfant. En effet, si chaque parent en devenir savait ne serait-ce que le dixième des données scientifiques apportées par ce livre, il est évident que la seule pensée de laisser pleurer son enfant serait exclue, et ce quelle que soit la circonstance. On apprendra ainsi que les travaux menés sur les pleurs des bébés démontrent tous que les pleurs, dès lors qu’ils ne sont pas pris en charge, déclenchent toute une série de réactions en chaîne, chimiques et pshychiques. On retiendra par exemple:

« Si on laisse un bébé hurler tout seul pendant longtemps, son cerveau cesse de sécréter des opioïdes (des hormones sécrétant des sensations de bien-être), son taux circulant de cortisol (l’hormone du stress) s’élève énormément, les voies de transmission de la douleur sont activées dans son cerveau comme s’il était blessé physiquement. […]Si les pleurs durent trop longtemps, le taux de cortisol peut atteindre un seuil toxique au delà duquel les structures et systèmes essentiels du cerveau peuvent être endommagés. A plus long terme, les chercheurs ont identifié quatre pathologies qui pourraient avoir un lien […]: les crises d’épilepsie; des modifications de l’électroencéphalogramme associées à un comportement plus agressif envers soi et les autres; des anomalies du cerveau gauche, qui sembleraient en relation avec une plus grande fréquence de dépressions et de troubles mnésiques; des troubles au niveau des relations entre cerveau gauche et cerveau droit, peut-être en rapport avec des anomalies structurales du pont entre les deux hémisphères ».

Agréable, n’est-ce pas?

Ainsi, durant 89 pages, l’auteur étaye sa réflexion d’exemples concrets, scientifiquement démontrés par la recherche biologique, l’ethnologie ou l’anthropologie. Claude-Suzanne Didierjean-Jouveau nous invite à constater l’absence des pleurs dans les autres cultures, et à s’interroger sur les pratiques mises en oeuvre pour les éviter. Après avoir listé les différents besoins pouvant déclencher l’appel du petit, elle s’applique également à donner quelques trucs et astuces à tenter pour calmer l’enfant qui pleure.

Un petit livre richement documenté, court et facile à lire (deux à trois heure de lecture, pas plus!), disponible ici pour la modique somme de 4,70 €. A mettre entre toutes les mains, que l’on soit parents ou non, pour apprendre à considérer autrement l’enfant et ses besoins.

Pour qu’enfin le « laisser pleurer » ne soit plus « la seule solution ».

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Un commentaire
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BabyPop dit :

J’avais lu un petit livre du même auteur sur le cododo, simple, efficace. ça m’a l’air d’être du meme accabit et ça me plait, bien que je ne sois plus à convaincre sur le sujet ;)

Working Mama dit :

« Partager le sommeil de son enfant » oui, dans la même collection :)

Working Mama dit :

Qui aura aussi très certainement son débrief ici d’ailleurs, un de ces 4 :)

Gaëlle – Portons Nous Bien dit :

Que dire si ce n’est frissonner d’horreur… Je suis de celles qui se laissent mener par le bout du nez par ses moutards, qui ne les laisse pas faire leurs poumons, qui ne les éduque pas à la frustration dès le berceau, qui ne leur apprend pas à être autonomes à 6 semaines. Une mère (enfin, je fais partie d’un binôme de parents) qui répond aux pleurs immédiatement, qui explique pourquoi sans hurler (mais sans négocier non plus), qui ne lève pas la main sur mes enfants, qui a un fils de 4 ans super souriant, à l’aise dans ses baskets, qui adore être loin de nous et qui dort comme un loir depuis ses 3 ans… mais tout ça c’est « de la chance, il est facile, t’as vraiment du bol, moi le mien est capricieux »… On ne pense pas une seconde que ce soit notre façon de faire avec lui qui puisse donner ce résultat…
Merci pour ce partage Working Mama, la collection JOuvence est géniale et j’ai un petit stock de bouquins de chez eux (notamment celui dont j’ai parlé hier, sur la vaccination).

Mamanzen dit :

Article et livre à mettre entre toutes les mains ! Bravo et merci ! :o)

Mamandarine dit :

Très bel article, bravo. Je l’ai ajouté dans ma sélection d’articles dans la sidebar de mon blog. J’espère que ça ne te dérange pas.

Working Mama dit :

Oh bah nan :) Merci!

Sarah Pep’s dit :

Je suis comme toi convaincue de la nocivité de telles pratiques, mais pour le plaisir, et pour avoir des arguments à rétorquer à ceux qui me disent encore que je cours trop vite dans la chambre de ma fille (hyper sociable du haut de ses 15 mois, tout en étant portée-allaitée-écoutée), j’ai commandé le bouquin!

Bouba dit :

Merci pour ce partage! Actuellement en stage en crèche, cela me déchire le coeur de voir un bébé hurler et de ne pas pouvoir le rassurer dans mes bras, « parce qu’on ne peut pas toujours les porter ». Je vais investir pour ce livre à si petit prix, et porter la bonne parole :)

Vervaine dit :

Tu pourrais peut-être essayer de dire aux responsables de la crèche que si,on peut les porter -presque- toujours avec les écharpes de portage et les portes bébé (physiologiques)…
Je sais que ce n’est pas encore entré dans les moeurs, que cela véhicule une image un peu « baba-cool » etc, surtout en pratique collective, mais tout doucement, l’idée pourrait faire son chemin… C’est le moyen idéal pour s’occuper de plusieurs enfants en même temps, de tout petits et de plus grands.
Car oui, les nourrissons ont besoin de contact.
Bon courage à toi pour la suite de ta formation!

Maeu dit :

Merci pour cer article ! Livre commandé !
Je n’hésiterai pas, après lecture, à le garder dans mon sac et à le dégainer à chaque fois qu’on me dit que si mon bébé de 4 mois a des « angoisses de l’abandon » et a du mal à dormir loin de moi pdt ses siestes c’est parce qu’on est trop collés tous les deux et que je devrais le laisser pleurer pour que ça passe.
C’est tellement logique pourquoi n’y ais je pas pensé plus tôt ? Il a peur donc je le laisse seul ! >.<

PurpleNessa dit :

Je suis bien contente de m’être écoutée et de n’avoir jamais laissé ma fille pleurer (enfin sauf une fois et je m’en veux encore)
Je pense que tu as bien fait de publier le texte tel quel, sans introduction ou autre.
Il me fait énormément penser à un passage du Concept du Continuum qui m’avait fait pleurer et reposer tellement le livre tellement la situation décrite du point de vue du bébé est difficile, et, on le réalise, vraie (le seul fait de le laisser un peu dans son berceau, seul)
Je vais ajouter ce livre à ma wishlist Amazon et le ferai lire à mon entourage la prochaine fois que j’entendrai « faut qu’il se fasse les poumons » ou autre connerie du genre…

Working Mama dit :

Dans le livre, ils expliquent pourquoi en fait il est si dur de ne pas répondre aux pleurs d’un bébé et pourquoi ceux qui le font disent qu’il est très dur de résister:

« D’ailleurs, l’adulte est programmé pour répondre à ces cris. le stress qu’ils génèrent en lui augmente sa tension artérielle, sa transpiration et son rythme cardiaque, fait se contracter ses muscles, et il n’a qu’une envie: résoudre le problème. Lorsqu’une mère qui allaite entend son bébé pleurer, la circulation sanguine augmente dans ses seins, s’accompagnant d’une impulsion biologique à « prendre dans les bras et nourrir ».

Laisser pleurer un bébé va clairement à l’encontre de tous les instincts humains (ils détaillent bien d’autres de ces instincts dans le bouquin, comme la survie pour les peuples vivant à proximité d’animaux sauvages: laisser pleurer peut entraîner la mort car le prédateur repère le groupement humain. Etc etc…)

Je suis actuellement en train de lire Le Concept du Continuum, je l’ai commencé aujourd’hui même :)

Delph Dolce dit :

Ce livre, un bijou !
Je voulais faire un billet dessus.. mais que dire de plus que ce que tu as dit..

D.

Working Mama dit :

Le dire autrement? Héhé :)

rebecca dit :

Traduction libre: laisser un bébé en colère pleurer sera probablement considéré comme de la maltraitance au cours des futures générations.

Vervaine dit :

Pour ce livre et pou l’extrait cité précédemment, merci !
Depuis al naissance de notre fille, je m’évertue à expliquer à mon mari de ne pas laisser pleurer un bébé. « Bébé » qui a maintenant 16 mois, mais elle n’en reste pas moins petite, et se réveille encore parfois la nuit pour une tétée.

Avoir des arguments de praticiens reconnus aide un peu à l’argumentation…

thity67 dit :

Merci pour cet article ! J’acete ce livre pour tenter de comprendre les pleurs de ma fille de 16 mois, tôujirsd mal à accepter le fait d’aller au lit en douceur… Quand bien même sa sœur dort avec elle… J’y travaille !

Laure dit :

Je crois que je vais l’offrir massivement à mon entourage…

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