La question du choix, le choix en questions

Hier, j’étais à la PMI

Pendant les deux premiers mois de Lou, j’y allais tous les lundis matin. Il y a une permanence de puéricultrice,  c’était l’occasion de faire une petite ballade, de discuter de ma vie de jeune maman avec la puer, de peser ma fille, de  la mesurer, de prendre son tour de tête…je n’ai jamais été obsédée par ses mensurations parce qu’elle est visiblement en très bonne forme, mais bon voilà, le lundi j’y étais, c’était l’occasion quoi. Hier, je n’y étais pas allée  depuis trois semaines. A la fin de ma petite rencontre avec la puer, Lou avait faim, on s’est donc installées toutes les deux sur un fauteuil devant le bureau pour une petite tétée. Entre temps, une maman est arrivée. On s’est dit bonjour poliment, rien de plus. Mais je voyais bien du coin de l’oeil qu’elle me regardait. Et la question est tombée: “Ca ne fait pas mal d’allaiter? On m’a toujours dit que ça faisait très mal, alors je n’ai jamais essayé, et pourtant j’ai 4 enfants”.

Je l’ai regardée en  souriant et je lui ai répondu que non, ça ne faisait pas mal du tout. Enfin, que ce n’était pas sensé faire mal et que si tel était le cas, c’était souvent un problème de position du bébé, ou bien quelque chose dans la bouche du bébé qui ne fonctionnait pas bien: un frein de langue trop court par exemple. Mais qu’en s’adressant aux bonnes personnes on trouvait toujours, ou presque, un moyen de corriger. Elle m’a répété  sa phrase “Ah bon…moi on m’avait dit que j’allais forcément avoir des crevasses ou au moins des douleurs alors j’ai eu trop peur”. Elle a continué: “Et pour manger, ce n’est pas trop contraignant de devoir enlever des aliments qu’on mangeait avant?” Je lui ai dit que je n’enlevais rien.

“Et pour allaiter dehors, ce n’est pas trop compliqué de montrer son sein?”J’avoue avoir été surprise de la question. Parce qu’elle était en face de moi, que mon sein était complètement invisible, caché par mes vêtements d’une part et par la tête de Lou qui prenait toute la place. J’ai eu le sentiment d’être face à une question “automatique” induite par “allaiter = déballer son sein”…alors  je lui ai juste dit “Est-ce que vous voyez le mien?”. Elle m’a juste dit “ah oui tiens, non”.

Elle a fini la discussion avant d’entrer à son tour dans le bureau de la puer en me disant “c’est dommage, si j’avais vu des femmes allaiter facilement comme vous peut-être que je l’aurais fait. Mais j’ai eu trop peur avec tout ce qu’on disait, les douleurs, les contraintes. Et j’ai choisi de ne pas faire. ”

Cette discussion a raisonné en moi toute la journée d’hier.  Notamment parce que j’ai lu cet article, découvert le matin même via un tweet de La Poule Pondeuse.  Pour celles et ceux qui me lisent au quotidien ou qui likent ma page facebook, il n’est plus besoin de dire que je ne m’immisce pas dans les choix des autres. Je m’en fous en fait, de ce que font les autres. Je n’ai pas envie qu’on vienne me soûler sur mes choix, alors je ne soule pas les autres sur les leurs. Pour toi qui me découvre aujourd’hui via la lecture de cet article, c’est une donnée qu’il faut que tu gardes en mémoire et qui sera nécessaire pour ne pas prendre cet article de travers. Je n’ai pas l’intention de convertir qui que ce soit. Donc, je ne m’immisce pas mais par contre, je m’interroge, parfois même sur mes propres pratiques ou pensées comme cela a déjà été le cas dans plusieurs billets ici. Et aussi, si effectivement je ne cherche pas à convaincre qui que ce soit, j’essaye par contre d’informer correctement. Par exemple, une maman qui viendrait me dire “J’ai arrêté d’allaiter à un mois et demi parce que je n’avais plus de lait”, je n’irais pas acquiescer ou dire “ah, bon, d’accord” juste parce qu’il ne faut pas s’immiscer. Je lui donnerai une info juste, en la tournant de manière à ne pas la blesser. Je lui dirais que c’est certainement un pic de croissance qu’elle n’avait pas identifié, et que si jamais elle a  un autre bébé au sein elle saura que cette impression n’est pas la bonne. Bref, j’informe simplement, je ne laisse pas perdurer de fausses croyances. Libre à mon auditeur ensuite de tenir compte de mes propos ou de les oublier. Ce qu’il en fera ne me concerne plus.

Cette maman donc, a “choisi de ne pas faire”.

On nous dit toujours que les femmes ont le choix. Moi je veux bien. Mais si on prend le cas de cette maman, où est la justesse de son choix? Son choix, elle l’a fait sur la base de croyances transmises aveuglément. Allaiter ça fait mal. Tu vas avoir des crevasses et tu ne pourras plus t’en défaire. C’est tellement contraignant. Tu seras fatiguée. Tu ne seras plus libre. Tu devras montrer tes seins pour nourrir ton enfant dehors.

Est-ce vraiment un choix éclairé, ça? Que non! Si cette maman avait eu d’autres témoignages, avait pu rencontrer des gens informés, des allaitantes à l’aise, que sais-je  encore, peut-être aurait-elle allaité ses 4 enfants.

Qu’on se comprenne bien. Ce qui me chagrine aujourd’hui, ce n’est pas que cette femme ait choisi le biberon. Mais qu’elle l’ait choisi pour de mauvaises raisons. Alors son choix n’est pas un choix juste. Elle n’a pas pu faire  une juste balance entre sein et biberon  sur la base d’arguments fondés, avérés. Elle a fait son choix par crainte de ce qu’elle entendait. Par crainte de subir les conséquences d’idées reçues d’un autre âge. Et elle a visiblement des regrets de ne pas avoir au moins essayé.

Donc je me  questionne. On dit toujours que les femmes ont le choix. Mais quel choix, exactement? Combien parmi celles qui choisissent de donner  le biberon dès la naissance font ce choix sur la base d’informations justes et non sur un ensemble de préjugés?

Je n’ai rien contre le choix, vraiment. J’ai choisi le sein, d’autres choisissent le biberon et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Mais à la lumière de la discussion avec cette maman hier, ou encore de ces multiples articles intitulés “8 raisons de choisir le biberon” où n’est toujours avancé que l’intérêt  de la mère et jamais celui du bébé, je m’interroge sur la marge de manoeuvre que la société et l’industrie agro-alimentaire laissent aux mères dans leur choix. A titre d’exemple, on retiendra l’appellation de lait “maternisé”, aujourd’hui interdite et fort heureusement, qui a conduit pendant des années les mères à penser que les préparations artificielles étaient du lait maternel lyophilisé, sans  que personne ne se risque à les contredire. Leur choix était-il alors éclairé? Non. Cette croyance se retrouve d’ailleurs encore…on entend toujours des jeunes femmes, confrontées à cette question du choix, dire que les préparations artificielles sont du lait maternel, ou bien qu’elles ne sont pas faites à base de  lait de vache. Et leur capacité de choisir est alors totalement faussée.

Qu’on se comprenne bien encore une fois: inutile de me dire en commentaires que je considère  que toutes les femmes ayant choisi le biberon l’ont fait pour de mauvaises raisons ou qu’elles ne sont pas assez intelligentes pour se renseigner. Loin de moi cette idée. Mais inutile aussi de nier que pour certaines, le choix sera biaisé faute d’infos justes.

Et celà ce n’est pas juger qui que ce soit. C’est dire la vérité.

Tétée à l’ombre dans le parc…là effectivement je “déballe” mais c’est parce que ça ne me gêne absolument pas^^

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