Guide pratique de la petite fille riche – Episode 4: Home Sweet Home

WM en vrac

Il me regardait comme si je venais de lui voler ses gosses, parfaitement.

A cette minute, je me suis retenue. Retenue de lui demander pourquoi ça l’étonnait tellement. Retenue de lui faire remarquer que depuis trois semaines qu’on était là c’était à peine s’il les avait croisées, ses gamines. Je me suis retenue, mais l’espace d’un instant ça m’a brûlé les lèvres. Trois semaines de passées…je suis explosée de fatigue, alors ce genre de petites émotions passagères a vite tendance à se transformer en vague d’adrénaline. Je les aime ces petites, mais là c’est trop. Il faut que je décoince de là, et vite. Sinon j’arriverai pas au bout.

Heureusement, le lendemain, c’est le début de mes 4 jours de congés consécutifs. Si tu as bien suivi les chapitres précédents, tu te rappelles que j’avais décidé de ne pas prendre mon congé hebdomadaire depuis le début du boulot et de tout cumuler sur 4 jours pour aller rejoindre mes parents et MrChéri qui n’étaient pas loin. Et là, tu dois être en train de te poser une question essentielle, j’imagine. Mais comment donc les parents vont-ils faire pendant ces quatre jours? Vont-ils s’occuper de leurs filles eux-même?

Réponse: non.

Le matin, le père et la mère s’en vont pour la journée. Consigne: faire rentrer les filles de la plage pour 18h30 car ma remplaçante arrive à 19h. Bizarrement, je n’avais pas imaginé la configuration “remplaçante”. Je suis naïve hein? On me le dit souvent, merci. Bref, le soir, ma remplaçante arrive. On discute rapido, c’est la grand-mère qui lui montrera où sont les affaires des filles, qui lui causera organisation, toussa. Je pars. Sentiment de profonde délivrance. S’en suivent 4 jours où je me retrouve sur un truc qui pourrait ressembler à un nuage. Mes parents, mes frangins, mon homme. Des gens normaux, dans un monde normal. On passe ces 4 jours dans un petit hôtel sympa, avec une piscine sympa. Mais qui ne coûte pas les yeux de la tête comme tout ce que je touche depuis trois semaines. On se ballade, on va à la plage. C’est fou le conditionnement: la première heure de baignade à la mer, je ne suis pas tranquille. Elles sont où les gamines????

Ces 4 jours passent à la vitesse de l’éclair, évidemment. C’est déjà l’heure de repartir. Mazette, comme ça va être dur. Mais au moins, pendant 4 jours, je me suis reposée, je me suis vidé la tête. Il reste 6 jours à tirer, je gère!

Cette semaine passe, semblable aux autres. Lever, occupage de petites filles, déjeuner, occupage de petites filles, goûter, occupage de petites filles…tu connais la chanson. Mon avance de sommeil aidant, je n’ai plus envie de voler dans les plumes du papa. Fin des vacances, on remonte à Paris, toujours en auto-train. Je reste une nuit et une matinée encore, pour garder et occuper les petites pendant que leur maman déballe les affaires et refait les valises pour un nouveau départ deux jours plus tard. Mon train est prévu à 14h.

Le temps des adieux

Et voilà, c’est fini. Les parents me remercient mille fois. Me disent que c’est la première fois qu’ils partaient avec une baby-sitter aussi efficace. Qu’on voyait que je savais m’y prendre avec les enfants et que ma présence avait été vraiment très appréciable. Qu’ils avaient du coup passé d’excellentes vacances car ils n’avaient pas craint une seule fois que quelque chose se passe mal. Ca me fait plaisir, j’avais mis du coeur à l’ouvrage. Les gosses, j’ai toujours adoré ça. On fait une “photo de famille” tous ensemble sur le canapé du salon. Elle ira rejoindre toutes les autres photos de toutes les autres nounous qui auront, avant moi, partagé la vie de ces petites filles pleines de vie. Le temps des vacances.

Coralie m’ a refait plein de dessins, et me fait plein de bisous sur le pas de la porte. Camille m’a fait des petits gribouillis d’enfant de 3 ans. Mais elle se cache dans l’appartement, elle ne veut pas venir me dire au revoir. Sa mère insiste, l’appelle. Je lui dis que ce n’est pas grave, elle me dit qu’elle avait déjà eu du mal l’été dernier à se séparer de sa nounou. Finalement elle arrive en courant dans le couloir avec ses petits pieds qui font poum-poum-poum sur le plancher. Elle me fait un bisou, mais elle pleure dans son doudou. Bon, ok, faut que ça s’arrête maintenant, parce que je sens bien que je vais pleurer aussi donc voilà, gros bisous mes minettes, j’étais bien contente de venir en vacances avec vous. Les parents me redisent que vraiment c’était super. Je referme la porte, et je m’en vais. Destination: l’Auvergne. Mon nouveau chez-moi. Avant de jouer la nounou, j’étais à Poitiers. Après cette drôle d’expérience, le train me déposera à Clermont-Ferrand Gare. J’y rejoindrai MrChéri, enfin. Et notre premier appartement commun.

Un petit bilan?

Malgré tout ce que je raconte là, j’ai aimé faire ça. J’ai aimé les gens, j’ai aimé la famille, j’ai aimé les parents, j’ai aimé les petites filles. Je suis rentrée complètement claquée, mais j’ai aimé. Ca a été une sacrée expérience. J’ai découvert des choses, cotoyé un autre mode de vie. Qui a ses inconvénients mais aussi ses nombreux avantages. J’ai kiffé monter sur un yacht privé pour aller me baigner avec les poissons une après-midi entière sans rencontrer personne. J’ai kiffé manger au resto plus que de raison. J’ai adoré m’occuper des gamines, même si ça n’a pas toujours été facile, loin de là. J’ai aimé les petites soirées avec les parents quand ils étaient là et qu’on se posaient sur la terrasse de la maison familiale, dans les transats, avec un verre d’excellent vin pour discuter une fois les petites couchées.

J’ai aimé la petite vie de château que j’ai menée pendant 30 jours, il serait bien hypocrite de ma part de cracher dessus et dire des trucs politiquement corrects du genre “Ouais, ils sont riches, que des connards”. Oui, je n’ai pas compris et ne comprendrai sans doute jamais le fonctionnement familial de ces gens, mais non ce ne sont pas pour autant des “connards de riches” et j’ai aimé partir en vacances avec eux.  Mais. Parce qu’il y a un mais, tout de même.

Je ne suis pas une “inhabituée” de la vie aisée. Dans le sens où mes parents font partie des gens aisés. Ca n’a pas toujours été le cas, je les ai vu trimer comme des dingues il y a quelques années. Mais ils sont passés de l’autre côté de la barrière, et aujourd’hui ils vivent très bien. Ils vont au ski deux fois par an, à la mer tous les étés. Mais ils ont une autre appréhension de l’argent. Ils ne s’en servent pas de la même manière. Peut-être parce qu’ils n’en ont pas toujours eu, et ça ça change beaucoup de chose. Par exemple, il ne leur viendrait jamais à l’esprit de prendre une suite avec une cuisine américaine interdite d’usage, tu vois ce que je veux dire? Ils auraient l’impression de jeter l’argent par les fenêtres.

Bref. Donc, le rapport à l’argent de cette famille m’a interpellée. Parce qu’autant je sais ce qu’est la vie aisée, autant celle-ci particulièrement m’était complètement étrangère. J’imagine qu’on peut s’habituer à tout. Mais tout de même, au bout d’un mois, j’en avais marre. Et je sais que, si jamais mon activité devait me faire gagner beaucoup d’argent un jour, ce n’est pas comme ça que je veux l’utiliser. Pas de façon si outrancière, ça ne me ressemble pas. Ce n’est pas comme ça que mes parents m’ont élevée. En cela cette expérience a été formatrice. Je pense que je savais déjà tout ça. Mais depuis cet été 2009, j’en suis convaincue. L’argent, oui, carrément. Mais pas comme ça.

Back to basics

Il est venu me chercher à la gare avec son AX blanche toute pourrie. Chassis rouillé, portière passager défoncée, vitre manuelle bloquée, coffre coincé. Mais alors, franchement, une vraie poubelle. Je l’ai toujours connu avec, autant te dire que ce n’est pas pour son fric que je l’ai chopé, celui-là. Le jour de notre premier bisou il était fauché comme les blés. Et moi aussi.

Une fois arrivés dans notre village, j’ai découvert pour la première fois mon nouvel appartement. 45m², deux pièces, vieux. Mal isolé. Un immense garage. Le tout pour 200 euros par mois. Non tu ne rêves pas, on a de la chance par chez moi. Il était encore tout vide, les quelques rares meubles qu’on possédait n’étaient pas encore arrivés. Ce soir là, on a mangé des pâtes. Des pâtes à rien. Juste des pâtes, au beurre et au sel, cuisinées sur le camping-gaz, parce que la cuisinière non plus, on l’avait pas.

Et putain, c’était trop bon.

 

Si cette vidéo ne s’affiche pas correctement, tu peux cliquer là (www.dailymotion.com/video/xbput_iam-nes-sous-la-meme-etoile_music), par exemple.

 

(The End, et ouais! Retrouve le premier chapitre ici, le second , et le troisième, par !)

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