Deux papas, une fête des pères
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Moi, j’ai deux papas.
Un “vrai” papa, celui qui a mis la petite graine il y a un peu plus de 28 ans de ça. Et un “faux”, qui est arrivé il y a 25 ans déjà. Et qui n’est pas si faux que ça.
Ma mère et le “vrai” se sont séparés alors que j’étais toute petite. Le “faux” est arrivé deux ans plus tard, et il n’est jamais reparti. Et parce que je ne vais pas passer l’article à dire “le vrai” et “le faux”, vous saurez que je parle du vrai quand vous lirez “mon père”, et que je parle du faux quand vous lirez “Tom”.
Je l’appelle Tom parce que tout le monde l’a toujours appelé comme ça. C’est un surnom. Et ça me fait bizarre, encore aujourd’hui, d’entendre quelqu’un l’appeler par son vrai prénom. Je n’ai pas l’habitude. Donc, depuis que je suis petite, je l’appelle Tom et puis voilà. Quand j’en parle à des gens, je l’appelle aussi “mon beau-père” mais je n’aime pas trop ce mot, je ne sais pas trop pourquoi d’ailleurs, peut-être parce que c’est trop impersonnel. Alors, des fois, je l’appelle “le mari de ma mère”, mais je n’aime pas non plus, trop impersonnel aussi, ça me donne l’impression de parler de quelqu’un que je n’ai jamais cotoyé alors que j’ai passé 20 ans de ma vie sous son toit. Du coup, le plus souvent, je l’appelle “celui qui m’a élevée”, et ça c’est déjà mieux.
Des fois, on m’a demandé si j’avais eu envie de l’appeler Papa.
Je dois dire que non. Parce que j’ai un père déjà et que je ne me vois pas appeler deux personnes différentes “Papa”. Mais je fais la distinction entre le nom et le rôle, par contre. Mon père, que je vois souvent aujourd’hui, que j’aime comme une fille peut aimer son père et avec qui j’ai une très bonne relation (ce qui n’a pas toujours été le cas mais là n’est pas le sujet^^), n’a pas été mon papa au sens premier du terme: celui qui éduque, qui élève, qui accompagne, mais je ne lui en veux pas: les circonstances du divorce, la longue distance…c’était comme ça. On ne se voyait qu’aux vacances. Maintenant que je suis plus vieille et que je vis pas très loin de chez lui, nous nous voyons régulièrement et il endosse peu à peu le rôle du papa qu’il n’avait pas eu l’occasion d’avoir au temps de mon enfance.
A l’inverse, Tom n’a jamais été mon père, puisque ce n’est pas lui qui m’a fabriquée avec sa petite graine. Par contre, dans le rôle qu’il a endossé auprès de nous (ma mère, mon grand-frère et moi), il a été mon papa. Ce n’est pas forcément évident à comprendre, vu de l’extérieur…Mais moi je sais très bien où j’en suis de ce côté là.
Lorsque j’ai eu 7 ans, ma mère et Tom ont eu un premier enfant. Mon premier petit frère. Puis un second à mes 10 ans, puis un troisième et dernier pour mes 12 ans. 5 enfants, ma mère a bien travaillé
Des fois d’ailleurs, quand j’explique ma situation familiale et que je parle de mes frangins, les gens me disent “ah oui, donc c’est tes demi-frères”. Heu…non, pardon. J’ai toujours un moment d’incompréhension dans ce cas. Même là, en l’écrivant, ce terme me paraît totalement étranger. On n’a peut-être pas le même père, mais on a la même mère, et on a toujours vécu sous le même toit. Donc pour moi, “demi-frère”, j’avoue que je ne sais pas très bien ce que ça veut dire et que jamais ce terme ne me viendrait à l’esprit. Les liens du sang ne sont pas les seuls ciments d’une fratrie, de la même manière qu’ils ne sont pas les seuls vecteurs de définition du mot “famille”. Bref.
Tom, il aurait pu faire le choix de ne pas s’occuper de nous (mon grand-frère et moi) comme des trois petits. D’un côté il y avait les enfants de sa femme, et de l’autre leurs enfants à eux deux. Mais ça n’a jamais été le cas: dès le début, en s’installant avec maman, il s’est occupé de nous comme si nous étions ses gosses. Pourtant il avait moins de 30 ans à l’époque. D’aussi loin que je me souvienne, je ne l’ai jamais entendu distinguer les deux lots. Par contre, je l’ai souvent entendu dire “je vais faire ça avec mes enfants”. Enfants qui rassemblaient alors mes petits frères mais aussi mon frère et moi.
Réciproquement, cela peut paraître bizarre et j’ai eu plusieurs fois la remarque mais quand je parle de ma mère et de Tom, je dis “mes parents”. Traditionnellement, “mes parents” s’appliquent aux parents biologiques. Dans mon cas, quand je dis “mes parents”, c’est ma mère et Tom (là je sais que j’ai perdu certain d’entre vous en route tellement c’est compliqué, n’est-ce pas?
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En grandissant, je suis devenue ce qu’on appelle “une ado à problèmes”. Une vraie de vraie. J’ai d’ailleurs promis à une blogueuse amie, dont la fille de 18 ans me ressemble beaucoup au même âge, d’écrire quelques articles et réflexions sur les relations parents/enfants à l’adolescence, et sur certaines choses graves que j’ai faites à cette époque. Graves pour les autres, mais aussi pour moi-même. Il faut juste que j’aie le temps.
Et à ce moment là, Tom, il aurait tout aussi bien pu jeter l’éponge.
Dire à ma mère: “bon écoute, c’est ta gosse, moi je lâche l’affaire, ce n’est pas à moi de payer les pots cassés et de supporter les conneries de ton ado révoltée”. Et bien non. Il a toujours mené de front les “combats” avec ma mère (parce que vivre avec moi à cet âge de ma vie, ça relevait vraiment du combat en fait. De la guerre quotidienne. Je me demande même comment ils ont fait, tous les deux, pour supporter tout ça).
Aujourd’hui, je l’ai appelé pour la fête des pères.
Comme tous les ans d’ailleurs. Sauf l’année dernière, où je l’ai appelé en retard parce que j’avais oublié et je m’en suis voulu toute la semaine qui a suivi. Vous allez d’ailleurs me dire: comment tu as pu “oublier” pour lui alors que tu as deux papas à appeler? Et bien parce qu’en fait, il n’y a qu’à lui que je la souhaite, la fête des pères. Souvent, les gens ne comprennent d’ailleurs pas cet état de fait.
Avec mon père, on ne se souhaite jamais rien. On s’aime mais on ne se souhaite rien: pas de fêtes, pas d’anniversaires (je ne me rappelle même jamais de sa date de naissance, pour vous dire. Je sais que c’est fin février, mais je ne me souviens jamais du jour exact). Pas parce qu’on n’a pas envie. Mais juste parce que ça ne fait partie de notre fonctionnement père/fille d’une part, et puis parce que la fête des pères, il s’en contre-fout d’autre part. Comme de toute autre fête un peu vouée à faire marcher la société de consommation, et notamment la Saint-Valentin qu’il a en horreur.
Avec Tom c’est différent: déjà, de ce côté de ma famille, on est attaché à ces deux événements que sont la fête des mères et la fête des pères, qui ont toujours eu leur place à la maison. Et puis à l’école, quand on préparait les cadeaux avec la maîtresse, c’était toujours à Tom que je les offrais en rentrant, puisque c’était avec lui que je vivais. Je me rappelle d’ailleurs d’un porte photo de toute beauté fait d’un dessus de boîte de camembert peint surmonté de deux bouchons de liège fendus sur le dessus et dans lequel était glissé une photo…un vrai chef-d’oeuvre, vous pensez bien
Donc, la fête des pères, chez moi, je la souhaite à “celui qui m’a élevée”. Et ça me paraît bien naturel, en fait. Sauf que je ne dis pas “bonne fête Papa”.
Je dis “Bonne fête Tom”, ou “Bonne fête” tout court.








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Hello, bel article tout en finesse et en émotion si on le relis tranquillement. Tom et ton vrais papa, ah la vie même si elle est compliquée vaut toujours le coup d’être vécue. Bonne fin de dimanche à toi
C’est compliqué, oui, si on veut ; mais en fait il y a tant de gens qui ont connu ça depuis deux générations que ça en devient très commun, ce qu’on peut avoir tendance à oublier
J’ai un pote qui vient d’une famille recomposée bien compliquée aussi. Ses parents sont séparés, son père a une nouvelle compagne qui a des enfants, sa mère un nouveau mari avec qui elle a eu des enfants (et je me demande s’il n’avait pas eu des enfants avant aussi). Tout le monde s’adore, il considère tout le monde comme ses frères et soeurs, aucune différence n’est faite. Pourquoi pas ? Les familles avec des enfants adoptés et naturels mélangés ne font pas de différence non plus. L’important, c’est l’amour !
Je viens aussi d’une famille recomposée, sauf que moi je fais parti du “deuxième lot” (avec ma soeur, pi jumelle en plus ^^)… Et je n’ai jamais supporté non plus que l’on appelle mes grands frères et soeurs “demi” quelque chose ! Nan mé comme si on en aimait qu’une moitié !!!! Pfffff
Bref, mon frère (le fils de ma maman) a tout comme toi, toujours appelé mon papa pour la fête des pères. Parce que tout pareil : c’est lui qui l’a élevé…
Très joli article Julie, merci !!!
Bizette
Merci Julie pour ce bel article et merci de traiter ce sujet qui concerne beaucoup de monde !
L’amour dépasse parfois les liens du sang et ce n’est pas un mal.
Et puis avoir 2 papas, c’est 2 fois plus de complicité, 2 fois plus de tendresse et 2 fois plus d’amour ! Tu nous livres là une belle histoire de famille recomposée…
Bise
Emmanuelle
Tiens ça me rappelle quelqu’un… MERCI pour cet article…
Mon fils a eu une soeur chez son père. Je n’ai jamais parlé de demi non plus.
J’aurais par contre bien aimé avoir un BP qui soit aussi vrai dans sa relation avec nous que le tien, mais je n’ai pas eu cette chance. A défaut, j’ai trouvé un BP super pour mon fils et il le lui rend bien. A quand une fête des beaux parents tiens ?
Chez mes parents nous sommes 7.
4 enfants “biologiues” et 3 “adoptés”.
Les gens ont beaucoup de mal à comprendre que non ce ne sont pas mes “faux” freres et soeurs, non pas mes “demis” freres et sours mais juste mes freres et soeurs. Tout court. Meme si ont est pas tous de la meme couleur (et mes parents tres fiers de dire que leurs enfants sont de 5 peres et de 5 meres différentes)
J’ai 2 enfants, 2 enfants qui ont tous les deux grandit leur 9 premiers mois de vie dans mon utérus. Deux enfants, 2 papa différents.
Mon fils tout comme toi a 2 papas. Le “papa de coeur” et l’autre. L’autre c’est son géniteur qui pour la dernière fois a pris des nouvelles de mon fils en mars 2010. Mon fils appelle son papa de coeur => donc mon conjoint => le papa de sa petite soeur (ENTIERE et non DEMIE, la soeur), tout simplement “papa”. Sans scrupule, sans regret. Juste les mots du coeur. Un homme qui abandonne un enfant c’est un lâche. Mon fils, qui a 5 ans, a compris. Il a 2 papas, un qui n’est pas là et qui s’en fiche, et un qui est là et l’élève comme son propre enfant, et qui l’aime.
Sur ses CV mon homme écrit qu’il a 2 enfants. C’est plus fort que lui. Mon fils c’est son fils.
Les familles recomposées c’est si simple au fond, lorsque l’on rencontre les bonnes personnes. Ces histoires de “demi-truc” de “beau-machin-machine” n’ont été inventés que pour créer des frontières entre différents membres d’une même famille…
[...] toujours fait de moi une jeune fille sage et sans problèmes. Rejet de l’autorité, rejet de ma situation familiale. Ma crise d’adolescence ne fut qu’un immense rejet, de tout et de tout le monde. A [...]
En passant d’article en article sur ton blog je suis tombée sur cette article qui me touche particulierement…
Ma fille aussi à 2 papa… Le “vrai”, le géniteur, le jardinier celui qui à mis la petite graine (je l’appel ainsi car je trouve le terme de géniteur un peu barbare) avec qui je n’ai pas eu de contacte depuis mon 2ème mois de grossesse et le “faux”, celui qui la connait depuis son 5ème de vie, celui qui l’éleve, qui s’en occupe, qui l’aime, celui qu’elle appel PAPA, celui qui lui à donné une petite soeur, son papa à elle ! Aujourd’hui elle à 3 ans et commence à comprendre que quelque chose n’ai pas banale… Encore l’autre chez un nouveau docteur qui me sors “elles n’ont pas le meme morphotype vos filles” “oui elles n’ont pas le même…” “père?” du haut de ses 3 ans ma fille lui à répondu “c mon papa à moi !” en parlant de son papade coeur !!!
J’appréhende les années à venir… Les questions, le désir qu’elle aura un jour de connaitre son jardinier, la douleur de “son papa” qui l’a élevé si elle décide de revoir son jardinier, son mal etre qu’elle risque de ressentir en ayant 2 papas !