Cachez ce pauvre que je ne saurais voir

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Je fais partie de ces gens encore naïfs malgré leur grand âge (le premier qui rigole se prend une baffe), qui pensent qu’un jour les choses vont s’arranger, que les gens vont se réveiller, qu’en fait ça ne pourra pas aller si mal. Bref, que ça va changer. Je ne crois pas être révolutionnaire, je suis plutôt centre-gauche, mais il y a des choses sur lesquelles je n’arrive pas à me résigner. Laisser les gens crever de faim sous mes yeux, par exemple et entre autres. Laisser des femmes SDF accoucher sur le trottoir et perdre leur bébé, ça aussi, ça passe moyen.

Et puis je regarde les infos.

Idiote que je suis. Et j’apprends, il y a une quinzaine de jours, que la ville de Marseille a pris un arrêté pour interdire la mendicité dans toutes les zones touristiques et fréquentées de la ville. Sous peine d’une amende de 38 euros.

Il faut reconnaître que l’idée est fine: c’est vrai quoi, y en a marre des pauvres. Ca pue les pauvres, c’est moche et en plus ils font rien que vider les caisses de l’Etat et d’embêter les honnêtes gens dans la rue en leur demandant si par hasard ils voudraient pas leur donner un peu de quoi manger. Juste un peu. On ferait bien de les tuer à la naissance tiens, les pauvres, ça arrangerait bien des choses. Mais comme en France on n’a pas le droit de tuer les gens même quand on en a très envie, ben on préfère prendre des mesures de contournement pour que les gens se tuent eux-mêmes, comme ça c’est plus simple et on n’a jamais de sang sur les mains. C’est fin, très fin, sont pas bêtes nos politiques. Pas vu, pas pris, c’est la faute à Lady Di.

Et donc, cette mesure, elle a deux effets: déjà, elle va permettre aux honnêtes gens de se balader tranquillement dans le centre historique de Marseille sans être sans arrêt harcelé par ces fichus pauvres qui, on l’a vu, ne font rien qu’à perturber l’ordre public. Qu’il y en a ait un tous les trois pas, ça on s’en fout et on ne cherche pas de solutions ni à savoir pourquoi on en est là, ni même pourquoi leur nombre augmente si vite, c’est trop énervant de faire des constats d’échec et puis il y a tellement d’autres choses à faire, on ne va pas se rabaisser à s’occuper des pauvres quand même.

Non, la solution elle est simple et limpide: il suffit qu’on ne les voie plus. Et hop, fini les vilains pauvres, la ville peut retrouver un semblant d’air de luxe. Une ville riche pour des gens riches. Quoi, il y a encore des gens qui ne sont pas riches? Naaaaaan, j’te crois pas. On n’est pas en Grèce tout de même, allons!

Et même si dans le caniveau, trois rues plus loin, des enfants de 6 mois crèvent de faim en n’ayant jamais pu voir un médecin de leur vie. Ca, on s’en cogne. Ils n’avaient qu’à pas être pauvres après tout, qu’est-ce qu’on y peut?

Le deuxième effet kiss-cool, c’est l’amende. Va dire a un SDF « fais gaffe, si tu mendies, c’est 38 euros ». « Mais monsieur, c’est même pas ce que j’ai pour le mois ». « M’en fous, 38 euros. Donc tu vas mendier dans les quartiers où t’as le droit ». « Oui mais monsieur, dans les quartiers où j’ai le droit, y a personne la journée, tout le monde est en ville, y a que là bas que je peux trouver de quoi manger ». « M’en fous, 38 euros ».

Donc, notre emmerdeur de pauvre ira traîner ses savates dans les quartiers vides la journée. Et comme il ne trouvera pas de quoi bouffer, il ira voler dans un magasin. Avant, ils pouvaient espérer garder un semblant de dignité. Au moins ne pas être obligé de voler, quitte à ne manger que du pain chaque jour durant, une baguette par jour. Mais maintenant, comme ça va être deux fois plus dur de récolter trois pauvres euros, ils ne pourront même plus rester dans la légalité. Vole ou crève. Cap ou pas cap de parier sur ce qu’ils vont choisir?

Ainsi, il y a un troisième effet kiss-cool. Comme ils tomberont dans la délinquance pour se nourrir, ils tomberont aussi dans le commissariat le plus proche. Puis dans la prison qui va avec. Et la boucle sera bouclée. Et les gens se promèneront, guillerets, dans les rues de Marseille, en se disant « Oh, daaaarling, vois-tu comme c’est tranquille maintenant que tous ces pauvres ne sont plus là? ». « Tout à fait mon Aimée, Marseille est une ville absolument délicieuse, on mangerait par-terre tant elle est clean ».

Oh, la belle insulte qui me brûle les lèvres.

Remarque, maintenant que l’Etat a coupé sévère dans les budgets de l’aide à l’hébergement d’urgence, maintenant qu’on est passé de 100 000 SDF en 2007 à 130 000 en 2011 (avec, je te le rappelle, un président qui t’avais promis il y a 5 ans que sous son mandat, plus personne ne dormirait dehors…mais c’est la crise ma bonne dame), peut-être que les SDF ont plutôt intérêt à aller en prison. Là bas au moins, ils dormiront au chaud, et ils pourront manger à leur faim. Ou bien, ils peuvent aussi se suicider, à la limite. Vu qu’ils n’avaient déjà rien et qu’on leur interdit maintenant d’avoir le peu qu’ils réussissaient à trouver…c’est peut-être encore la meilleure des choses à faire?

Sinon, je ne sais pas si tu le sais,

Mais les habitants du 6ème arrondissement de Paris ont signé une pétition qui a rassemblé près de 500 signatures déjà pour dire non à l’ouverture d’un centre de réinsertion pour personnes en difficultés. Ces même habitants, quand ils sont interviewés sur le pourquoi de leur action, se justifient par des phrases type « non mais vous comprenez, le quartier est tranquille, on pourra plus sortir sans se faire attaquer! », ou encore « vous n’imaginez pas, des gens dans le besoin ici? Ah nan, ici c’est un quartier de gens aisés, les pauvres, c’est nul! ». Par contre, à la question « mais vous êtes d’accord qu’il faut les aider? », la réponse est « oui » à l’unanimité. Donc aider les gens, d’accord, mais pas ici quoi, on est au dessus de ça.

Tous ces alcooliques, ces anciens SDF, ces anciens tôlards, qui essayent tant bien que mal de retrouver une vie normale…bien sûr qu’il faut les aider. Mais loin, très loin. Surtout pas sur nos pas de porte, ça ferait mauvais genre. Franchement, on ne paye pas des impôts pour voir des pauvres quoi merde, un peu de respect pour nos yeux chastes.

Tu m’excuseras, faut que j’aille vomir.


Marre des pauvres (www.dailymotion.com/video/xhq8s_marre-des-pauvres_fun) par D_Super (www.dailymotion.com/D_Super)


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Un commentaire
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virginie dit :

écœurée par la politique actuelle!!!
les sans abris sont considérés comme des pestiférés alors que bizn souvent ils en sont arrivés là à cause des malheur de la vie!!!

sautel evelyne dit :

je m’exprime pour dire que ton article est complet et si vrai! par les temps qui courrent on radicalise tout et les plus démunis restent à la porte! au moins du temps obscure du moyen age l’Eglise on acceuillait les indigents et les riches devaient les aider… (à l’heure de la Laicité on tombe encore plus bas.)on avait le droit de glaner à la fin des récoltes et on tolerait aussi à la fin du marché que des gens ramassent lres fruits et les légumes gatés!ou on met de la javel sur les invendus à l’arriere des supermarchés
aujourd’hui de Nogent sur Marne à Marseille: ca fait désordre comme tu le déscris si bien! on interdit même de ramasser ce qui est gaté et que personne d’autrtes ne voudrait à cause du dérangement pour une minorité de bourgeois.
bises evelyne

Kaellie dit :

Très bon article encore une fois, tu as l’art d’appuyer là où ça fait mal.
Ceci dit, ça me fait penser au reportage vu hier soir la hausse de la délinquance chez les Seniors (mais oui braves gens, les vieux, c’est comme les pauvres, c’est nul). Bref, l’exemple choisi n’étais pas adapté au titre du reportage selon moi mais, quand on connait le montant moyen de la retraite aujourd’hui en France, ça ne m’étonne plus que Mme Machin, 80 ans, en soit réduite à elle aussi devoir piquer du steak haché ! Non, ça ne m’étonne plus, mais ça me fait drôlement chialer !
Mais bon, surtout, cachons toute cette misère qui s’étend (des étudiants qui paye leurs études avec leurs fesses, ça n’existe pas non plus voyons !) et concerne de plus en plus de gens…

Greg dit :

Ouais. Tu sais c’que j’pense de tout ça.

Tu sais aussi c’que j’pense du fait d’avoir des proches qui sont capables de venir te servir en plein repas de Noël des discours semblables, en expliquant presque qu’il faudrait les stériliser parce que les pauvres se reproduisent.

Ouais.

Clara dit :

Je ne sais pas si c’est le fait d’être enceinte, mais je supporte de moins en moins ce genre d’injustice dans l’indifférence générale, ces inégalités de plus en plus prégnantes et l’opium du peuple à l’envers de la médaille : la consommation effrénée, pour se dire que tout va bien, madame la marquise.
(Et <3 Didier Super ;)

Fabienne dit :

Sur les Champs-Elysées aussi ils ont fait ça, à la demande des commerçants, ils ont interdit la mendicité. Ceux qui ont vraiment cru Sarkozy quand il disait qu’il n’y aurait plus de SDF en France à la fin de son mandat ne sont pas malins non plus. Comme déclaration populiste, on n’a jamais fait pire je crois. J’avais vu la vidéo d’un politique UMP (il me semble bien que c’était Balkany)qui répondait à une interview d’une télé américaine en assurant qu’il n’y avait aucun pauvre en France. Ce type, quelle honte, il faudrait le déchoir de la nationalité française. ah tiens, j’ai retrouvé la vidéo :
ça va vous énerver, je vous préviens…

cathy dit :

coucou, j’aime beaucoup ton blog et ton sujet me fait un peu réagir. tu as tout a fait raison sur le fond et la politique actuelle aide pas. par contre il y a une chose ou deux qui ne sont pas vraiment exacte, en fait c’est toute la différence entre la théorie et la pratique. je m’explique oui un arrêté a été pris pour pouvoir verbaliser la mendicité, cela cache en fait le fait que ce sont surtout les personnes qui pratiquent la mendicité active, voire harcelante (crois moi quand quelqu’un te fous la main sur ton sandwich que tu t’apretes a manger en disant donne moi ça! euh t’as comme qui dirait envie de lui foutre dans la gueule pour de bon (parceque toi aussi t’es dans la merde et c’était ton dernier sandwich avant d’attaquer le carrelage), et combien réclame de l’argent en t’ordonnant de le faire et en t’intimidant?§!pire il y a ceux qui envoient les enfants, une petite gamine m’a demandé de l’argent je lui ai refusé mais je lui ai proposé de lui acheter quelquechose a manger, elle a refusé et n’a voulu que des sous, et ben non désolée mais je suis pas une banque. moi je donne aux personnes qui me paraissent vraiment etre dans la merde pire que moi. un jour j’ai été émue par un jeune homme qui se mettait a genoux en plein milieu d’une rue tous les dimanches en suppliant qu’on lui donne de l’argent. moi a l’époque j’était étudiante et pour boucler les fins de mois j’avais trouvé un petit boulot les dimanches et je gagnais 50fr qui me faisait la semaine.et ce jeune homme m’a tellement émue que je lui donnais toujours 10 fr. un jour quand même intriguée je lui ai adressé la parole, en lui demandant comment il en etait arrivé là, et là il m’a répondu qu’il avait essayé de bosser mais que ça rapportait rien par rapport à ça…. ça m’a écoeurée.
tout ça pour dire qu’il faut savoir aider les bonnes personnes et que cet arrêté s’adresse à toutes celles qui abusent. en plus ne t’inquiète pas, ils n’iront ni au commissariat, ni en prison car c’est une infraction et pas un délit. en plus quand tu vois que les policiers arrêtent plusieurs fois par semaine les mêmes délinquant pour vol ou violence et que le parquet les laissent en liberté, t’as vraiment pas de soucis a te faire pour les mendiants, ils seront toujours là! en tout cas je trouve que c’est bien d’en parler, car si je n’avais pas de famille, je serais peut etre a leur place a l’heure qu’il est.

Eliabel dit :

J’aime toujours autant les articles de WM et ton commentaire est tellement véridique, je l’ai vécu aussi, à Paris, l’agression parce qu’on ne veut pas donner ou le paquet de gâteau renvoyer à la figure parce que « c’est pas ça qu’on t’a demandé connasse… ». Alors sans « catégorisé » le pauvre, des mesures pour éviter les plus agressifs, je suis plutôt pour, là elle est plutôt dissuasive : on sait très bien qu’ils ne peuvent pas les payer ces 38 euros ! On pourrait débattre pendant des heures du problème et que les politiques soient de droite, de gauche ou autre, aucun ne s’est réellement attaqué au fond du problème.
Sur ce,
Bisous

Marion dit :

Vis la vie de travailleur social… Comment exprimer cette impression d’essayer de vider l’océan à la petite cuillère ? C’est parfois déprimant… Super billet encore une fois, merci.

mariek dit :

Pour appuyer ton article, regarde ce soir « envoyé spécial » sur le gâchis de la bouffe en France… Moi aussi je vomirais bien…

Sitefan dit :

Oui c’est à vomir (ce que tu dénonces, pas ton billet hein?! ;) )… Et je rajouterai que ce qui me dégoûte le plus: l’indifférence de beaucoup… car il ne faut pas non plus en parler dans de nombreuses assemblées: bin oui ça dérange ces messieurs-dames… pfff… quand je passe près d’eux, je parle des personnes réellement en détresse (pas de ceux qui font « semblant »: moi aussi je me suis pris un pain au chocolat dans la figure par un mec-mais je ne l’ai vu qu’après- qui avait certainement plus d’argent que moi pour manger à l’époque!!!), j’avoue: je détourne les yeux… parce que les larmes aux yeux me viennent tout de suite et quand il y a des bébés dans les parages, je t’en parle même pas… Alors je ferai bien quelque chose mais quoi??? Et puis « j’oublie », je retourne à ma vie… Et je n’en suis pas bien fière… Alors je vote, mais ça me semble de plus en plus servir à pas grand chose… Mais je me dis qu’en parler, comme tu le fais aujourd’hui, c’est déjà beaucoup…

Elodie (La P'tite Bulle d'Elo) dit :

Ton article est édifiant de vérité. Je suis assez écoeurée moi aussi. J’ai un autre exemple pour toi: pourquoi personne ne donne rien à la personne qui vient chanter dans le métro, par exemple? C’est fou quand même! Ton article est aussi très bien écrit! A plus tard :)

AnneClaireBCN dit :

Hier, dans un de mes tweets, j’ai évoqué cette pauvreté, simplement évoqué (en même temps c’est twitter) car je disais justement qu’à côté de la crise, la pauvreté, toussa et bien, on a Gourmet qui nous sort un beau calendrier de l’avent pour nos amis les Chats. Ok, j’adore les chats mais voilà quoi, le monde devient absurde. Merci pour ce billet qui me démontre que je ne suis pas la seule à être révoltée.

carolyne dit :

superbe billet et situation tellement révoltante ! bravo pour ton courage à dire les choses telles qu’elles le sont !

BabyPop dit :

moi qui vit à marseille je suis écoeurée… c’était une des rares villes à accueillir la population dite sensible dans le centre-vile. pas de banlieu-ghetto, ici, tout le monde cohabite dans le centre. Et quelle que soit l’image que donnent les médias de la ville, il n’y a que très peu de tensions…

Bref, c’est comme les sieges dans le métro a paris pour ne surtout pas s’y allonger…

Olivia dit :

hello :) ça me fait plaisir de lire que je ne suis pas la seule à me révolter contre ce genre de trucs. Tu connais LA CRISE de Coline Serreau ? La fameuse scène où Michou sort « Oh bah ceux qui s’poussent pour faire de la place jusqu’à présent c’est le gens de Saint Denis, pas les gens de Neuilly »… Bah ouais… les « richards » des beaux quartiers qui se la jouent bobo humanistes mais qui sont même pas capable d’encaisser un centre de réinsertion… C’est beau la vie…

So dit :

+1.
C’est tout.

Bobbie dit :

Hello! Nouvelle sur ce blog, je débarque via Hellocoton. Je me suis d’abord arrêtée sur le titre, puis plutôt sur le design que je trouve très sympa (pardon, je suis graphiste), et j’avoue que je n’allais même pas lire l’article en entier. Finalement, je me suis laissée convaincre par ton style d’écriture, et j’ai tout lu. J’ai quelques pensées à formuler.

Je commence par la partie « Non mais oui, t’as trop raison! ». Je vis à Paris, dans le 15è arrondissement, et des pauvres, j’en vois tous les jours. En rentrant du travail le soir, je vois des SDF qui installent leur lit pour la nuit, et en allant bosser par le même chemin le lendemain matin, je les vois endormis. Si je prends le temps de me pencher sur la gravité de la scène, et que j’y pense, bien sûr que ça me fend le cœur. D’autant qu’il y a quelques années, on en voyait QUELQUES UNS, et aujourd’hui, on en voit partout. Ce sont des jeunes, parfois des enfants, mais surtout des personnes âgées, ou seules. On ne sait jamais ce qui s’est passé dans leur vie, mais on est sûr que ces gens n’ont personne pour les aider, et rien que ça, c’est dur à visualiser pour quelqu’un qui est entouré. On sait aussi que nous-mêmes ne sommes pas à l’abri de connaître la même situation, un jour. Après tout, on ne sait pas ce que deviendra la France.

Alors on se rassure, parce que disons-le carrément: soi-même et ses proches, ça compte quand même plus que le gars dans la rue qui pionce dehors, et qu’on ne connait pas. On se rassure en créant une barrière, en devenant insensible à leur situation, en ne prenant pas le temps de les regarder. On sait bien qu’ils sont là, mais on l’a intégré, on a fini par les inclure au décor, et leur présence est devenue presque « normale ». On se prend parfois à être très touché par une personne, deux, trois… Mais jamais plus. On leur fournit régulièrement à manger, on discute, on regarde discrètement si on les voit encore quand on revient de vacances, et le jour où ce n’est plus le cas, on se demande quelques temps ce qu’ils sont devenus, avec des remords. Puis ça passe, et la vie continue. Parce qu’au fond, qu’est-ce qu’on peut vraiment changer? Est-ce que d’avoir apporté à manger à ces SDF pendant trois ans les a empêchés de disparaître, un beau matin? Est-ce que de s’être attaché à leur condition l’a rendue meilleure, et nous a fait nous sentir mieux? Pas tellement. Donc il faut aussi se protéger. Pour ça, je suis une vraie « connasse de parisienne », comme il fait bon dire, mais ça ne vient pas de nulle part. Ca vient du fait que j’ai des sentiments.

Ensuite, il faut savoir faire la différence entre « Mendiants », et « SDF ». Je suis pour les foyers d’accueil pour SDF, pour l’installation en plus grand nombre des centres d’accueil de la Croix-Rouge, pour donner ses vêtements, pour partager sa nourriture, pour ouvrir sa maison quand on peut. En revanche, je suis contre les mecs qui viennent te menacer pour dix balles, contre les groupes de mendiants organisés qui ne se donnent juste pas la peine de chercher du travail, contre les enfants formés à faire les poches avec le sourire, contre ceux qui viennent cracher sur ta bouffe parce que « comme ça, maintenant tu peux plus le manger, tu sais pas si je suis en bonne santé, alors tu me le donnes? ». C’est du vécu, et ça aussi, ça a du potentiel pour te mettre en colère contre la société. Mais là ce n’est pas la société qui a décidé pour eux, en l’occurrence.

Enfin, comme il a été dit plus haut, une amende forfaitaire pré-établie est la réponse à une infraction, et non à un délit. S’ils n’ont rien pour payer, ils ne paient pas, et ils s’en vont, c’est tout. Aucun SDF ne finira pendu dans sa cellule, après avoir été emprisonné à cause de cet arrêté. Tu noircis un peu le tableau.

Tout ça pour dire qu’il faut éviter de faire un amalgame, et de faire passer tous les gens qui mendient pour des pauvres personnes qui n’ont pas le choix, et que la société a pourri. Tout comme il ne faut pas non plus faire de généralités à propos des soit-disant riches qui ne veulent pas de pauvres près d’eux. Tout est relatif, tout a ses causes, tout est à double-tranchant, et aucune solution ne semble jamais correcte à tout le monde. Il faut juste faire au mieux, dans la limite de ses propres moyens. A partir de là, il y a ceux qui peuvent faire beaucoup parce qu’ils ont les moyens, ceux qui veulent faire beaucoup parce qu’ils ont l’empathie, ceux qui aimeraient bien mais qui ne se décident jamais, ceux qui se tiennent à l’écart pour se protéger, ceux qui s’en foutent… Mais est-ce que quiconque est vraiment bien placé pour juger les autres, et ce qu’ils font?

Nang Fan dit :

Des pauvres, oui, il y en a de plus en plus, et à tous les étages… Du jeune en rupture familiale (parfois par choix), à l’étrangère à qui, dans son pays on a promis l’Eldorado, en passant par les travailleurs précaires qui s’accrochent pour survivre (j’en fais partie).
Ce qu’il faut voir cependant, c’est qu’on ne peut pas mettre tous ces gens dans le même panier. Lorsque tu évoques une femme SDF qui perd son bébé en accouchant dans la rue, je pense que tu fais écho à ce fait divers (d’hiver ?) de la semaine dernière. En l’occurence, celle-ci avait déjà deux enfants placés dans les services sociaux et avait refusé à plusieurs reprises l’aide et le suivi médical relatifs à sa grossesse. Comme nombre de ces personnes, qui refusent l’hébergement d’urgence (pour des raisons qui leur appartiennent), comme cette petite fille qui m’a craché dessus parce que je refusais de lui donner quelque chose.
Comment trier, comment faire le distingo entre ces différentes misères humaines ? J’avoue humblement ne pas avoir de réponse…

Le Miroir de Narcisse dit :

Très bel article! J’ai été outrée aussi par la nouvelle loi qui interdit de fouiller dans les poubelles!

Bleue Azur dit :

Bien trop souvent vrai…

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